Rivers Of Nihil - Where Owls Know My Name

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Le troisième album représente souvent une étape décisive dans la carrière d'un groupe. Dans le meilleur des cas, il apporte une confirmation indéniable du talent de ses compositeurs et est bien souvent l'occasion pour un groupe d'affirmer franchement son identité, en prenant quelques risques supplémentaires au passage... Rivers of Nihil, bien qu'encore relativement méconnu dans nos contrées, jouit d'un succès d'estime significatif outre-Atlantique. Après un The Conscious Seed of Light prometteur en 2013 et un Monarchy très remarqué en 2015, le quintet pennsylvanien a su s'inscrire dans la mouvance du renouveau de la scène death progressif internationale, aux côtés de groupes comme Fallujah ou Black Crown Initiate.

Son son est caractérisé par un Technical Death Metal puissant et grave, mais évoluant souvent vers des plages plus atmosphériques. The Conscious Seed of Light et Monarchy étaient thématiquement liés aux saisons, respectivement le printemps (d'où son éclatante vitalité), et l'été (plus lumineux et enivrant). Que nous réserve donc cet opus automnal Where Owls Know My Name ?

Line-Up :

Jake Dieffenbach – Vocals

Brody Uttley – Guitar

Jon Topore - Guitar

Adam Biggs - Bass / Vocals

Jared Klein - Drums

Dès l'introduction "Cancer / Moonspeak", on est immédiatement séduit par le ton mélancolique emprunté par le quintet. Ambiance feutrée, clavier minimaliste et murmures discrets, nous nous préparons à entreprendre un voyage sur cette Terre dévastée représentée sur l'intringuante pochette signée du maître Dan Seagrave, où l'Humain morose semble avoir fusionné avec son envrionnement qu'il a corrompu et finalement détruit... Joie, on vous dit ! Cette amertume s'installe plus pesamment encore avec "The Silent Life", morceau explosif aux nombreuses couleurs, où s'entrechoquent guitares lourdes, basse grondante et batterie implacable avant de laisser place à une section médiane aérienne, toute en finesse et groove.

La production, moderne, puissante et très léchée parvient à demeurer assez organique. Chaque instrument occupe confortablement son espace et le tout est méticuleusement étudié pour créer un impressionnant mur de son lors des sections les plus énervées, et un délicat voile enveloppant lors des passages plus calmes où tout le potentiel atmosphérique de la musique de Rivers of Nihil se déploie.

Voyez-vous, Where Owls Know My Name repose sur un jeu de contraste et d'équilibre. La dynamique et le rythme, sur l'ensemble du disque comme au sein même des morceaux, sont maîtrisés à la perfection. On navigue en permanence entre les aspects véloces et percutants d'un Death Metal moderne, où la technique est mise au service unique de la musicalité, et ces phases plus introspectives où Rivers Of Nihil prend plaisir à expérimenter avec subtilité et, il faut le reconnaître, brio.

Ici, quelques claviers et sonorités électroniques (le poignant instrumental "Terrestria III : Wither"), là, du chant clair émotif (qui n'est pas sans rappeler leurs collègues précités de Black Crown initiate), mais surtout ses lignes de saxophone (!) envoûtantes et particulièrement bien senties, qui seront égrénées régulièrement au fil de l'album ("The Silent Life", "Where Owls Know My Name", "Subtle Change (Including the Forest of Transition and Dissatisfaction Dance)", etc.)...

La qualité d'exécution est sans faille. Les musiciens parviennent à exprimer librement leur créativité, que ce soit au travers de solos de guitare expressifs au phrasé prog/fusion ("Old Nothing") ou de tappings hypnotiques (le lead de basse final sur "Death Is Real"). Jake Dieffenbach, secondé par le bassiste Adam Biggs, délivre une performance vocale efficace et éloquente. Jared Klein (Flub, ex-The Kennedy Veil, ex-The User Lives), batteur récemment recruté, a su quant à lui immédiatemment aposer sa marque et se révèle être un atout de taille du disque, saisissant de maîtrise et de précision - aussi à l'aise dans le blast beat effréné que dans les rythmiques jazzy au groove omniprésent.

Rivers of Nihil a enfin embrassé pleinement ses aspirations progressives et délivre ici une oeuvre inspirée, qui reprend certes des codes déjà établis par d'autres avant lui, mais avec une sincérité et une maturité rare, tout à fait convaincantes. Where Owls Know My Name offre à l'auditeur une expérience d'écoute riche qui regorge de détails se révélant au fil des écoutes, et l'on se surprend à y revenir régulièrement. Le pari est réussi à tous les niveaux, et l'on a qu'une hâte : que le groupe vienne donner vie à ces titres sur scène !